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Publié par Mateo

JONAS ou la quête d'une réparation.

La vie tourmentée d’un homme marqué par un lourd secret d’adolescence. Multi-primé à La Rochelle et signé Christophe Charrier, un premier film sensible et stylisé qui mêle passé et présent autour d’un personnage en quête de réparation. Une chronique intimiste emmenée par le magnétique Félix Maritaud (Sauvage, 120 battements par minute), sur une musique d’Alex Beaupain et avec Aure Atika.

JONAS ou la quête d'une réparation.

L'histoire se passe entre deux époques, elle est racontée comme un thriller psychologique. Les spectateurs que nous sommes découvrirons comme Jonas la vérité sur son trauma à la fin du film.

1997. Le père de Jonas fait le plein pendant que son fils (Nicolas Bauwens), 15 ans, joue à la Game Boy à l’intérieur du véhicule. À son retour, il le découvre enfermé à double tour, terrorisé. Que s’est-il passé ? À 30 ans, Jonas (Félix Maritaud) est devenu un homme instable et destructeur, enchaînant les amants et les soirées en boîte. Rongé par la culpabilité, il va enfin oser convoquer les souvenirs du passé et revoir la mère de son ami disparu dramatiquement quand il avait 15 ans...

Pour sa première réalisation, Christophe Charrier brosse le portrait d’un homme aux prises avec son passé d’adolescent. Félix Maritaud y campe avec force un électron libre tourmenté. Alternant les flashs-back, comme autant de rêveries, et les retours au présent, Jonas remonte le cours d’une vie jusqu’au dévoilement du trauma initial.
La chronique d’un délicat passage à l’âge adulte, sur une musique d’Alex Beaupain.

« Jonas est un film dramatique français peuplé d’imageries américaines. J’en revendique le côté geek ! »

Christophe Charrier, réalisateur

Mon avis et analyse du film :

La scène d'ouverture du film ressemblerait presque à la scène d'un film américain. La nuit, une station service, des néons... Les couleurs sont vives et la lumière est chaude. Nous ne sommes pas pourtant à LOS ANGELES mais bien à Toulon en 1997. Il fait nuit, le père de Jonas fait le plein pendant que son fils (Nicolas Bauwens), 15 ans, joue à la Game Boy à l’intérieur du véhicule. À son retour, il le découvre enfermé à double tour, terrorisé. Que s’est-il passé ? L'ambiance est posée : comme son père, nous nous posons plein de questions.

Le réalisateur Christophe Charrier a fait comme beaucoup de réalisateurs pour son premier long métrage : il a mêlé tout ce qu'il aime - du suspense, du thriller, de la romance, de l’émotion forte et une imagerie très américaine mais au cœur d’un bloc narratif cohérent. Le film est court et dense grâce à un montage d'une grande précision, ce qui amènera le spectateur dans des directions inattendues dès la seconde moitié du film.

Mais en attendant, découvrons un peu plus le héros, Jonas.

 
JONAS ou la quête d'une réparation.
JONAS ou la quête d'une réparation.

Lors de la seconde scène du film, on découvre Jonas à 30 ans. Instable et destructeur, il vit avec son compagnon tout en enchainant des plans trouvés sur une application de rencontres gays ou en sortant en club jusqu'à pas d'heure... Cela dure jusqu'au jour où Jonas se fait ramener par la police en pleine nuit chez son compagnon après une altercation violente en club. Son compagnon décide de rompre avec lui et il le met à la porte car il ne supporte plus son comportement.

Lors de son arrestation, Jonas s'est retrouvé face à une policière qui est une ancienne camarade de classe du collège et elle se souvient bien de lui. Certainement parce qu'elle était un peu amoureuse à l'époque... Après avoir échangé quelques nouvelles, elle lui demande s'il a su ce qu'il s’était finalement passé en cette année 1997 au collège... Contrairement à ce que pense son co-équipier, la jeune femme sait que Jonas est un être gentil et doux.

A partir de ce moment nous allons entrer dans la tête de Jonas et vivre son questionnement sur lui-même. Les mots de son compagnon sur son comportement actuel et les mots de son ancienne camarade de classe sur le Jonas qu'elle a connu font comme des électrochocs chez notre héros. Comment est-il arrivé à être comme cela ? Quel en est la cause ?

En effet, le jour Jonas travaille dans un hôpital. Beau garçon, aimable et gentil dans son travail, il est bienveillant avec les patients, rassurant et optimiste même... Rien ne laisse imaginer le côté sombre de Jonas qui le ronge. Le choix de prendre Félix Maritaud pour incarner Jonas est parfait car dans le même plan il peut dégager quelque chose d’enfantin et de très adulte, de très doux et de sexuellement très agressif. Il se situe toujours dans cette espèce d’entre-deux avec lequel il joue explique Christophe Charrier.

La particularité de la mise en scène est l'utilisation comme outil de narration du flash-back. On découvrira Nathan, nouvel élève qui arrive au collège dans la classe de Jonas. Ce jeune garçon qui bouleversera son monde.

Le réalisateur/scénariste a fait en sorte que chaque rencontre faite par Jonas à 30 ans (un couple de patients agés dans un hôpital, un mec sur Grindr…) éclaire une facette de lui et offre par ricochet une pièce du puzzle de ce qui s’est produit avec Nathan des années plus tôt et qu’il a choisi d’enfouir dans sa mémoire, rongé par la culpabilité. Ce scénario est présenté par son auteur un peu comme un jeu.

 
JONAS ou la quête d'une réparation.

Revenons au personnage de Nathan.

Il se présente comme un "cadeau" en arrivant en classe, possédant une sexualité plus libérée et assumée, il se rapprochera de Jonas et il le marquera à jamais.

Le film porte un regard tendre sur les 90's ( la rentrée des classes avec la mort de Lady Diana, l'âge d'or de Fun Radio, une playlist qui fera l'effet d'une madeleine de Proust chez certains spectateurs, les héros qui vont au cinéma voir Nowhere d’Araki et la fameuse GameBoy). D'ailleurs, ceux qui connaissent la filmographie d'Araki penseront à son film Mysterious Skin (2004) dont le héros, jeune adulte, a préféré croire à une attaque extra-terrestre plutôt qu'à accepter l'expérience  traumatisante de son enfance : un viol. Le film retrace son parcours d'acceptation et de reconstruction.

Le talent de Christophe Charrier est de nous embarquer dans cette reconstruction identitaire avec un personnage très dessiné mais qui pourtant nous touchera tous. Ce film parle d'amour et de liens. Les premiers émois, les premières émotions sexuelles. Il aborde le traumatisme de la rupture des liens créés, de l'absence, du silence face à un questionnement... D'être sa propre victime et son propre bourreau. La très belle musique d'Alex Beaupain englobe toutes ces émotions à merveille.

L'arrivée de la seconde partie du film agira comme un twist sur vous. Ce scénario récompensé au Festival de la Fiction de La Rochelle (ainsi que sa réalisation et le film en lui-même) nous amène vers le dénouement de cette intrigue de façon surprenante et bouleversante avec Aure Atika qui joue la mère de Nathan de façon magistrale tant par sa justesse que par sa force.

"Nuit tu me fais peur, Nuit tu n'en finis pas comme un malheur, il est parti sans moi..."

Cette chanson d'Elsa qui passe à la radio lors du dénouement de l'histoire donne une force au drame incroyable. C'est la grande scène du film et vous n'entendrez plus "T'en vas pas" d'Elsa de la même façon.

Le film ne laissera personne indifférent tant son propos est bouleversant.

Il y a quelques mois sortait le film LOVE, SIMON, l'histoire d'un jeune homosexuel qui vivait un lien très fort par internet avec Blue à notre époque. A un moment ce lien se coupe et Simon perd pied complétement car Blue est la première personne à qui il se confie sur son attirance pour les garçons, ses doutes, ses espoirs, ses passions etc... L'âge des possibles... Ce lien rompu et l'absence de Blue rendra Simon malade et il mettra tout en œuvre pour le retrouver en vrai. Mais là, nous sommes dans l’ère du net et des différents supports de communication. Pour Jonas, rien de tout ça car nous sommes en 1997... Son lien est rompu totalement d'où cette descente aux enfers.

Je me rends compte que le plus insupportable dans l'absence est le silence face à un questionnement et le sentiment d'abandon qui va avec. Pourquoi abandonner quelqu'un ? Pourquoi fuir quelqu'un si l'autre avait mis toute ses intentions bienveillantes sur vous ? Pourquoi, plus tard, devenir un autre, plus rude, plus froid, moins bon peut-être à cause des dégâts causés par l'absence et la culpabilité... ? Et à quoi bon concentrer finalement son attention sur une seule personne si c'est pour subir cette peur de la perte et de l'abandon constamment ?
 
Christophe Charrier a choisi de traiter cela avec le regard de Jonas, homosexuel de 30 ans .
En effet, notre vie affective dépendra des rencontres que nous avons faites depuis notre éveil sentimental et sexuel tout en prenant compte des dommages collatéraux que cela pourra avoir. Le réalisateur nous dit que l'on peut souffrir et faire souffrir les gens que l'on aime à cause son passé mais que la reconstruction et la quête de réparation est possible. Tout es question de Temps...
 
Un film magnifique et important !

 

 

 

 

JONAS ou la quête d'une réparation.
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