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Publié par MATEO

Profession Slasheur, le metier d'avenir ?

Depuis quelques années, le terme slasheur (slasheuse au féminin) est utilisé dans le monde du travail. Rassurez-vous, aucun rapport avec le genre cinématographique des films d'horreur où un tueur en série sème la terreur dans les petites villes americaines. On appelle “slasheurs” des travailleurs qui exercent plusieurs activités, en référence au signe “/” qui sépare les différentes activités quand ils les énumèrent sur Linkedin. Exemple : Consultante en communication / Coach de dirigeants / Créatrice de bijoux.

Propulsé sur le devant de la scène médiatique par l’ouvrage de la journaliste et essayiste américaine Marci Alboher, One Person/Multiple Careers: A New Model for Work/Life Success, l’expression a depuis fait florès dans les pages de la presse féminine française. Mais elle peine à acquérir ses lettres de noblesse dans la société. « Encore aujourd’hui, la pluriactivité est stigmatisée, dans les entreprises, mais aussi dans les débats publics », relève François-Xavier de Vaujany, professeur à l’Université Paris-Dauphine. « La preuve, la question était souvent absente des débats autour de la réforme du Code du travail, l’an passé ! »

Le slasheur, un travailleur en mode “multi”

Les slasheurs sont des travailleurs qui ne se reconnaissent pas dans le choix d’une voie unique. Ils sont davantage généralistes et polyvalents que spécialistes d’un sujet. Ils choisissent de travailler en mode “multi” plutôt que “mono”, c’est-à-dire d’exercer plusieurs activités.

Slasher” n’est pas nouveau, mais le terme permet de mieux l’assumer

Cumuler plusieurs activités n’est pas quelque chose de nouveau. Ce qui est nouveau, c’est le fait de valoriser ce mode de travail.Dans notre société, on a tendance à valoriser la “carrière” où l’on monte les échelons d’un même poste, ou encore les spécialistes, qui se concentrent sur le progrès dans une compétence précise.

A l’inverse, les profils polyvalents et “multi” sont moins valorisés. Le mot “slasheur” a été créé et répandu pour défendre une philosophie du travail en mode “multi”, où l’on se donne le droit d’explorer plusieurs sujets, même s’ils paraissent ne pas avoir de fil conducteur.

Utiliser le terme “slasher” permet de se définir aux yeux des autres travailleurs pour expliquer que l’on mène plusieurs activités qui peuvent paraître sans rapport à première vue.

 

Les slasheurs : 16% de la population active française

Au terme de slasheur, le chercheur préfère celui de pluriactif, « bénéficiant d’une définition précise, également utilisé par l’Insee. Même s’il a l’inconvénient de ne pas prendre en compte les activités associatives. » Si l’Insee comptabilisait 1,4 millions de pluriactifs en 2014, l’enquête du Salon des microentreprises (SME), très régulièrement citée, avançait de son côté 4,5 millions d’adeptes du slashing en 2015, soit 16 % de la population active française ! Un fossé prouvant le « déficit de mesures fiables et longitudinales sur la question ».

Et pourtant, la pluriactivité est loin d’être nouvelle. « C’était un modèle économique très présent dans les sociétés agricoles et artisanales. L’hiver, pour gagner de quoi vivre, les paysans effectuaient des travaux artisanaux. L’enracinement du salariat et de la mono carrière que l’on connaît aujourd’hui date du début du XXe siècle », relève Héloïse Tillinac, enseignante-chercheure à l’Université Paris-Sorbonne durant sept ans et fondatrice du site de ressources slasheurs.fr 

Or la carrière unique et les parcours linéaires ne sont plus la norme chez les actifs de la génération Y, nés entre 1980 et l’an 2000. Les causes en sont multiples et tiennent autant aux crises économiques et sociales qui ont secoué notre société qu’aux transformations profondes du monde du travail, liées notamment à l’essor des technologies numériques et à l’émergence de nouveaux métiers.

Conjuguer travail et plaisir

Selon l’enquête du SME, 70 % des slasheurs le sont par choix. Pour gagner plus ? Le phénomène ne saurait se résumer à une motivation économique, avec un tiers des répondants à l’enquête exerçant une deuxième activité par passion.

Cette accumulation d’emplois n’est pas non plus l’apanage de la jeune génération. Elle touche tous les âges et les deux sexes, animés par un même besoin : redonner un sens à leurs activités professionnelles en y insufflant du plaisir. « Pendant des années, j’ai cru que j’étais une extraterrestre et que je n’étais pas adaptée au monde du travail. Quand je m’ennuyais, je faisais le constat que je n’étais pas efficace et que je perdais de l’enthousiasme. J’ai aujourd’hui compris que j’étais juste en très bonne santé », confesse Marielle Barbe, slasheuse et auteure d’un livre sur la question.

Le constat est le même chez toutes les personnes interrogées. « De nature curieuse, j’ai toujours aimé rencontrer des personnes issues de différents univers et fréquemment changer d’activités. De chacune, je tire une véritable richesse. Alors effectuer les mêmes tâches cinq jours par semaine, très peu pour moi ! », déclare Antonella Serrao, qui a choisi cette année d’adopter un temps partiel salarié afin de consacrer plus de temps à ses activités parallèles. Elle porte ainsi tour à tour les casquettes de cheffe de projets dans une compagnie d’assurance, d’organisatrice événementielle, de vendeuse à domicile et d’intervenante dans une université…

Revendiquée comme un vecteur d’épanouissement professionnel, la pluriactivité est aussi un choix salvateur, aux yeux de Marielle Barbe : « Nous savons aujourd’hui grâce aux neurosciences que le stress et la routine sont les deux plus gros poisons de notre cerveau. Le slasheur en s’adonnant à des activités différentes où il peut déployer tous ses potentiels, crée sans cesse de nouvelles connexions neuronales. » Habitués à jongler entre les jobs, ces travailleurs agiles seront, dit-on, parmi les mieux outillés pour faire face aux transformations de la société, et s’adapter aux nouveaux métiers que nous réservent le futur.

Le syndrome de l’imposteur

Mais, en attendant, il est parfois difficile de faire son coming out professionnel en assumant ces identités multiples : fractionnées, elles sont parfois jugées floues. « Je m’interroge régulièrement sur la manière de me présenter à mes interlocuteurs » constate Héloïse Tillinac. « Mon identité de slasheuse est encore en construction. La question de la légitimité est récurrente. » Dans un monde où l’on prône la spécialisation, la sensation d’être un imposteur guette les slasheurs. Un écueil pointé du doigt par trois chercheuses dans la très sérieuse Harvard Business Review. Beaucoup sont réticents à révéler trop vite l’ensemble de leurs jobs à leur entourage. Au-delà des aspects organisationnels, grandement facilités par le développement des outils numériques, l’un des principaux freins à ce jonglage entre professions est donc social.

Être slasheur : un choix contraint

Le phénomène possède également un versant plus sombre. « Il existe un autre profil de slasheurs qui cèdent au cumul des emplois par nécessité, pour obtenir un revenu décent ou d’appoint. Par souci de sécurité dans un monde du travail en crise. Ils se positionnent alors à l’opposé de ceux, souvent très qualifiés, qui optent pour la pluriactivité par aspiration, pour gagner en liberté en s’organisant à leur guise » explique François-Xavier de Vaujany. Fruit des crises sociales, cette situation précaire fréquente dans les pays anglo-saxons connaît une montée en puissance dans l’Hexagone. À l’heure actuelle, les slasheurs et slasheuses revendiquent la création d’un statut capable de leur fournir un véritable système de protection sociale. De quoi à échapper à la précarisation…

Les différents types de slasheurs

Il existe différents types de slasheurs. Et d’ailleurs, l’emploi du terme est subjectif. Chacun a sa propre définition du fait de slasher. Certains considèrent qu’ils slashent dans un même poste, parce qu’ils cumulent plusieurs “rôles”. D’autres parce qu’ils ont deux statuts (à la fois freelance et salarié à mi-temps par exemple). D’autres encore slashent pour des raisons économiques d’abord puis y trouvent un équilibre…

Finalement, peu importe de savoir qui a raison ou tort d’utiliser le terme dans son cas. Ce qui compte c’est que l’utilisation du terme permette d’assumer d’opter pour un mode de travail peu valorisé dans notre société.

 

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