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Publié par www.matthieulamarque.fr

TONY MORENO, un « K’SOS » qui a du verbe !

"Dans la période des Municipales 2014, un auteur déboule avec livre coup de poing.Tony Moreno est un jeune auteur palois qui a mis par écrit son expérience sidérante à Pôle Emploi. Cette succession des mésaventures de Tony vous fera découvrir l'absurdité d'une des grandes administrations françaises. Tony Moreno, par son expérience personnelle, donne un récit universel où un homme déterminé et plein d'énergie ne baisse jamais les bras malgré l'absurdité du systéme français. Un roman qui vous fera grincer des dents mais surtout sourire car l'auteur met beaucoup d'humour dans ses mots. Ces 93 pages vous feront découvrir la difficulté d'être libre. Car pour l'auteur, travailler c'est la liberté.

- Aujourd'hui K'sos vient d'être édité. C'est votre premier livre et avant vous étiez fonctionnaire. Je dis avant car aujourd'hui vous vous considérez comme un cas social, d'où le titre. Mais pourquoi ?

Je n'étais pas fonctionnaire, mais agent de droit privé (en CDI) au sein d'une administration de la fonction publique, un statut bizarre... J'effectuais le même travail que mes collègues fonctionnaires en étant moins bien payé qu'eux... de 20% tout de même ! Déjà que leurs salaires ne sont pas mirobolants, je vous laisse imaginer le mien... J'ai quitté mon boulot parce que je ne m'y accomplissais pas. Pas de perspectives de monter en grade, une qualité de service très dégradée par la course à la rentabilité...

J'ai souhaité créer mon propre emploi dans le milieu associatif culturel. Pour ça, je me suis présenté la fleur au fusil au Pôle Emploi pour me "servir de l'outil" censé être mis à la disposition des chômeurs, trouver des solutions viables avec des gens supposés connaître leur affaire. Malheureusement, j'ai vite compris que je devrais me débrouiller tout seul, car je sortais "des clous", je n'étais pas le cas classique du gars qui cherche un job dans le BTP ou qui veut se former au service à la personne...

Après deux ans de "combat", je me suis retrouvé à percevoir une allocation de fin de droit. C'est là où j'ai compris qu'aux yeux des autres, j'étais devenu un cas social, rebut d'une société qui ne pouvait (et ne voulait) pas m'intégrer en son sein.

- Donc vous avez décidé de mettre à l'écrit votre expérience douloureuse et sidérante vécue dans un service public français : Pôle Emploi. On pourrait classer votre récit dans le genre docu-fiction... mais est-ce que tout est véridique ou vous avez un peu romancé ?

J'ai souhaité partager mon vécu sidérant, tragi-comique. Raconter des entretiens incroyables avec des agents qualifiés de "conseillers" qui ne font que brasser de l'air, et qui m'ont envoyé sur des voies de garage pour...m'occuper. J'ai aussi constaté que les pouvoirs publics externalisaient beaucoup de leurs services vers le privé, qui dans mon cas a ramassé pas mal d'argent en étant complètement inefficace... Car ces structures privées au service de Pôle Emploi s'engraissent sur le dos de l'Etat grâce à des ateliers, des entretiens bien souvent complètement superflus... Tout ce qui écrit est vrai, je n'ai rien inventé et c'est ce qui fait, à mon sens tout dans ce livre. C'est tellement gros qu'on dirait un gag! J'ai changé les appellations des structures que j'ai côtoyées et bien sûr, les véritables patronymes de mes interlocuteurs.

- Vous n'avez pas peur de dénoncer un système où se mélangent "copinage" et politique ?

Oui, un peu, parce que je vis encore dans la ville dont je parle, et que je commence à y être repéré par quelques acteurs de la vie politique, mais d'un autre côté, ce qui me rassure, c'est que dans ma situation de cas social, on ne pourra pas m'enlever grand-chose, je n'ai pas beaucoup à perdre (rires) !

- Vous êtes vous imposé certaines limites dans la retranscription de votre expérience ?

Oui, je ne voulais pas taper directement sur les travailleurs sociaux, j'ai juste voulu dénoncer le système qui entretient le chômeur dans la panade. Je n'ai pas trop dit ma colère contre un genre de "plafond de verre" presque impalpable, pas non plus mes angoisses, ni des sentiments de paranoïa qui m'ont assailli parfois. C'est l'espoir de me sortir de ce mauvais pas, de ce pari raté qui me fait tenir debout. Je peux vous dire que cette mise en abîme fait très mal... Mais, un sourire, et ça repart !!

- Ce système vous reproche d'être ce que vous êtes, c'est à dire d'être vous-même. On vous reproche presque d'être mal-né et pourtant, dans cette absurdité, vous ne cessez jamais de vous accrocher. Où avez vous trouvé cette énergie ?

Je ne sais pas, en fait... Je crois que je m'accroche parce que je suis mentalement très fort, et que je mène un combat que je crois juste. L'énergie vient d'une détermination sourde à ne pas accepter de subir...

- Ce qui est accablant, c'est la scène avec Madame C. de Trouvons un emploi durable, juste avant la période des fêtes de fin d'année; vous dit : "Je suis dans le collimateur de ma direction car je vais trop vite [...] J'ai trouvé un emploi à trois personnes dont je m'occupe en trois semaine, ma hiérarchie me demande d'y aller mollo." Puis elle vous demande si vous fumez et se met à se rouler une cigarette et la fume devant vous. Ne pensez vous pas que ces agents sont finalement plus paumés que vous en fait ?

Oui, ils sont paumés, pas assez formés et n'ont souvent aucune idée des sujets qu'ils abordent. Mais il doivent remplir des formulaires, faire comme si, prouver qu'ils bossent... Et puis, parallèlement, il y a le réel, l'être humain dans toute sa diversité, un être est un cas, une histoire, un cheminement, et face à ça, ils sont paumés... Et puis, ce sont des fusibles, en première ligne, les gens malmenés par la société s'en prennent à eux d'abord. Mais ils mettent des pansements ridicules sur une énorme plaie béante...

- Votre expérience personnelle vécue au sein de pôle emploi est donc devenu un livre aujourd'hui. Comment avez vous trouvez un éditeur qui prenne le risque de vous publier ?

Cet éditeur est géographiquement loin de l'endroit où je vis, et ne prend donc pas de gros risques. Et K'sos n'est pas un pamphlet contre Pôle Emploi ou l'Etat, c'est juste une expérience de vie douce amère !

- Quel est votre souhait par rapport à l'avenir de K'sos ?

Qu'il soit lu, partagé, qu'il permette à certains de se dire qu'ils ne sont pas seuls dans leur galère, et qu'il donne aussi à voir aux "actifs" que ceux que l'on appelle les feignasses ou les assistés ne sont que responsables de leur sort. Que les travailleurs sociaux voient un peu le mal que fait leur inertie, leur aménagement fantasmé du réel.

- Les deux dernières lignes de votre livre sont terribles : "En quittant mon boulot, je me suis cru libre. Mes chaines sont aujourd'hui plus lourdes qu'avant." Et vous, où en êtes-vous aujourd'hui ?

Rien n'a changé pour moi, je me défonce pour trouver un emploi dans mes cordes, ou le créer, mais quand ça veut pas.... Je prévois d'ailleurs d'écrire la suite de mes "aventures", j'en ai encore sous la plume (rires)!

Plusieurs mois ont passé depuis cet interview et l'auteur a trouvé un travail aujourd'hui... A suivre !

Pour commander K'sos : contact.tonymoreno@gmail.com ou facebook/tonymoreno


- article paru dans le magazine Freemag du mois de mars 2014.

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